Communautés et seigneuries autour de Pont-de-Salars

Atlas du Rouergue

Écrit par Jean-Yves Bou et publié le 01 Apr 2017

9 minutes de lecture

Cet article poursuit une série commencée avec les cas voisins de Canet-de-Salars et du Vibal, afin de préciser l'appartenance communautaire et seigneuriale des hameaux, dans une zone d'émiettement particulièrement marqué.

Formation de la commune de Pont-de-Salars

La commune de Pont-de-Salars est issue de la réunion de plusieurs communautés d'Ancien Régime : Camboulas, Crespiaguet, Mate, Prieur-de-Saint-Léons, Puech-Ventous, Saint-Georges et Pont-de-Salars, auxquelles furent intégrées des enclaves de communautés extérieures entre 1829 et 1831 (Marc Vaissière, De Roergue a Avairon, 2005, p. 178-179).

Les paroisses

Le territoire de la commune actuelle de Pont-de-Salars comprenait la plus grande partie de la paroisse de Saint-Georges-de-Camboulas, la totalité des habitants des paroisses du Poujol et de Saint-Martin-de-Salars et des parties de Canet.

Saint-Georges-de-Camboulas est une belle église, située dans un endroit aujourd'hui isolé des gorges du Viaur. Elle est remarquable pour son aspect fortifié de la fin du Moyen Âge, et pour le bas-relief roman représentant le Christ en majesté.

St Georges-de-Camboulas - jeanyvesbou.fr.JPG L'église et le tympan de Saint-Georges-de-Camboulas

Elle était le chef-lieu d'une très grande paroisse. Certains habitants étaient particulièrement éloignés, alors qu'une autre église était bien davantage à leur portée, comme celle de Frayssinhes pour les habitants de La Trémolière ou celle de Salars pour les habitants de Mérican, ou de la partie de Pont-de-Salars qui dépendait de Saint-Georges. Ou encore celle du Poujol ...

Au-dessus de Camboulas - jeanyvesbou.fr.JPG Sur cette vue prise de la route qui descend à Camboulas, on voit au centre les ruines du château qui dominent la vallée du Viaur, et dans les frondaisons à droite, le clocher de l'église du Poujol, alors qu'à gauche, on aperçoit l'église de Saint-Georges-de-Camboulas.

La paroisse du Poujol était tout au contraire une très petite paroisse, enclavée dans celle de Saint-Georges. Elle se trouvait dans l'agglomération de Camboulas, mais seule une partie des habitants en relevaient, les autres devant se rendre à Saint-Georges, environ une demi-heure de chemin. L'église du Poujol est un bel édifice roman. Son prieur avait un dîmaire éparpillé dans d'autres paroisses et percevait de nombreux droits seigneuriaux (censives et champarts) dans le secteur.

Le Poujol - jeanyvesbou.fr.bmp L'église du Poujol

La paroisse de Saint-Martin-de-Salars était une assez petite paroisse. L'église, principalement gothique, est un bel édifice situé sur un promontoire au-dessus du Viaur. À l'extrême fin de l'Ancien Régime, Doumazergues, puis Mérican obtinrent leur rattachement à Salars.

Saint-Martin-de-Salars, jeanyvesbou.fr.JPG L'église Saint-Martin-de-Salars

En effet Doumazergues était une enclave de la paroisse de Canet, dont l'église était deux fois plus éloignée du village que celle de Salars. Les paroissiens devaient traverser une partie de la paroisse de Prades pour se rendre à leur église. Ils obtinrent leur rattachement à Salars vers 1787.

Les communautés et les seigneuries

La chatellenie de Camboulas

La plus grande partie du territoire de la commune actuelle de Pont-de-Salars faisait partie d'une entité seigneuriale appelée chatellenie de Camboulas, territoire du comté de Rodez au Moyen Âge devenu terre royale. Aux XVIIe-XVIIIe siècles, le roi y était principal seigneur justicier, et le siège de la justice royale était à Rodez, à la cour de justice dite sénéchal-présidial. Le roi y était également principal seigneur directier, c'est-à-dire percepteur des censives et champarts et d'autres droits, comme les péages. Cependant d'autres seigneurs y possédaient des droits. C'est ce que je vais tenter de démêler ici, principalement grâce aux reconnaissances royales de 1733-1738 (Archives départementales de l'Aveyron, C 1112, C 1113, C 1133).

P1560869.JPG Les vestiges du château de Camboulas

La chatellenie de Camboulas était subdivisée en cinq branches ou mandements, eux-mêmes fragmentés en fiefs. Les communautés pouvaient correspondre soit à un mandement, soit à un seul fief, soit à un ensemble de fiefs. Il reste encore des cas à éclaircir.

Les cinq branches de la chatellenie se nommaient : Camboulas, Saint-Georges-de-Camboulas, Le Vibal, Flavin et Canet. Dans sa dénomination, la communauté de La Branche-Flavin ou Branque-Flavin marque cette appartenance à la chatellenie, alors que La Branque-Canet est plutôt appelée Canet-Camboulas. Dans le rôle de taille du comté de Rodez de 1540 (C 1229) communiqué par E. Rive, on trouve Branca St Jordi pour Saint-Georges.

Le territoire de la commune de Pont-de-Salars correspond globalement aux deux branches de Camboulas et de Saint-Georges-de-Camboulas, auxquelles s'ajoutent une excroissance du mandement de Prades, autre seigneurie royale, une enclave de la Branque-Flavin et une enclave de Salles-Curan, seigneurie de l'évêque de Rodez.

Il est difficile de comprendre la logique du dénombrement des fiefs en 1733-1738, dans la mesure où tout le territoire de la chatellenie n'est pas couvert. Les reconnaissances se font par village et parfois par terroir (comme Le Vernet, entre Veillac, Le Bousquet et La Valette). Des indices laissent penser que les villages ou terroirs non dénombrés relevaient entièrement de seigneurs directiers autres que le roi, comme le terroir du Masdieu, voisin d'Anglars. Mais cela reste à prouver.

Les Communautés et les seigneurs

Pont de salars, communautés et seigneurs, jeanyvesbou.fr.jpg

Camboulas

Dans ce cas, la branche semble correspondre exactement à la communauté, c'est-à-dire la vallée du Viaur autour de Camboulas, un lieu assez magique à explorer aujourd'hui, avec l'église du Poujol, les maisons anciennes, les ruines du château de Camboulas, d'une partie de l'ancien village et de ses moulins. La justice relevait entièrement du roi.

Camboulas et Le Poujol - jeanyvesbou.fr.JPG Au bord du Viaur, le village de Camboulas dominé par l'église du Poujol

La carte monte la situation curieuse du hameau du Couret, aujourd'hui situé dans une petite excroissance de la commune de Flavin dans celle de Pont-de-Salars. Cela vient de son appartenance ancienne à la communauté des Bastries, intégrée à la commune de Flavin.

La branche de la chatellenie dite Branche-Saint-Georges était divisée en plusieurs communautés : Saint-Georges, Crespiaguet, Pont-de-Salars, Puech-Ventous, Trappes

Notons que dans la liste des lieux-dits par branches (C 1113, f° 16v), le lieu de Saint-Georgesest inscrit dans la branche de Camboulas et non dans celle de Saint-Georges, ce que confirme le plan cantonal de 1829 (1 M 582).

Saint-Georges-de-Camboulas

Grande communauté "trouée" par des communautés plus petites. Justice royale. Faute de renseignements complets, je ne suis pas en mesure de détailler les possesseurs de directes. Par exemple, c'est le chapitre de Rodez qui avait les directes sur le village du Marragou (C 1122, f°19, 1668), le roi à Espinassettes (C 1113, f°132) et à Espinasses (C 1113, f°162), le prieur du Poujol sur le fief du Vernet (C 1113, f°147).

Dans cette communauté, le village de Méjanès conserve un château dont les plus anciennes parties semblent remonter au XVe siècle. En 1736, il appartenait à M. de Julien de Pégayrolles (reconnaissance au roi, C 1113, f° 106 v). Cependant le roi détenait l'entière justice du lieu et les deux tiers du champart (le quart) sur la plupart des parcelles, à l'exception des parcelles exemptées (les parras étudiées par Marc Vaissière) et de la parcelle dite lou Camp grand dont le quart était entièrement perçu par le roi. L'autre tiers du champart était sans doute perçu par M. de Pégayrolles.

Mejanes - jeanyvesbou.fr.JPG Le château de Méjanès

Mate (Mathes) ou Puech-Testes

Petite communauté correspondant au hameau de Puech-Testes (C1133, f°44 v°, 1736). Justice aux Chartreux de Rodez, sans doute également directiers. Dans les rôles des tailles du comté de Rodez, on trouve les hommes de Guilhem Natas ou Guilhem Nattes (C 1210, 1415, C 1229, 1540), dont le nom a été transformé en Mate.

Prieur-Saint-Léons

Cette communauté me pose problème. Il n'y a pas de reconnaissance d'une communauté portant ce nom dans les documents concernant la chatellenie de Camboulas. Le rôle de taille de 1782 (C 560) indique comme contribuables les habitants d'Anglars, mais en 1736, les tenanciers d'Anglars font reconnaissance de leurs maisons au roi (C 1113, f°125) qui possède toute justice sur le village et lève deux tiers des directes, le tiers restant appartenant à M. Enjalran des Tapies, comme successeur de M. Cadel. Dans ce document, Anglars est situé dans le mandement de Saint-Georges. Des confronts de parcelles mentionnent le terroir du Mas-Dieu, voisin d'Anglars et relevant "d'autre directe" : est-ce la communauté dite Prieur-Saint-Léons ?

Crespiaguet - et Jos

Petite communauté subdivisée en deux membres, d'une part le village de Crespiaguet et d'autre part celui de Jos. Crespiaguet relevait de la justice royale , alors que les directes étaient perçues par MM. de Camboularet, du Molinet et Carrère, et le prieur du Poujol. Jos relevait pour la justice comme pour la plupart des directes de M. d'Ayssènes, avec toutefois quelques directes de M. de Canet (C 1133, f° 34v, 1734). La déclaration des consuls de Conquettes pour La Rouquette désigne le village de Jos sous le nom de communauté de Bonal d'Ebles.

Dans les rôles de taille du comté de Rodez, Crespiaguet est indiqué avec Les hommes du seigneur de Flavin et de La Capelle-Viaur. Jos correspond à la mention Les hommes de M Gualhart Ebles foras Bastrias, Calmelhs, lo Croset et Frayssinhes (C 1210, 1415) devenu Les hommes de Bonet Ebles (C 1229, 1540) puis Les hommes de Bonal de Bes (C 1909, 1631).

Pont-de-Salars

Toute petite communauté qui correspondait à la partie du Pont-de-Salars sur la rive droite du Viaur "et encore en deux maisons et un pred tout attenant qui sont situez au dela du Pont" (C 1133, f° 20, 1734). Toute justice au roi comme seigneur-comte de Rodez. La directe appartenait à l'hôpital de Rodez.

Puech-Ventous

Petite communauté comprenant le hameau du même nom, le moulin de Bages et quelques maisons de Pont-de-Salars, rive gauche. Elle comptait 11 maisons en 1734 (C 1133, f° 15 et 27v). Toute justice au roi comme seigneur comte de Rodez. L'exercice de la justice se faisait par les officiers du sénéchal-présidial à l'exception du fief nommé La Cassanhe, dans lequel était situés le moulin de Bages et les maisons du Pont de Salars. Monsieur de Canet de Jouqueviel avait toute justice et levait les directes sur ce fief. Les autres seigneurs directiers étaient MM. d'Ayssènes et Delpuech de Carcenac, Gabriac, curé d'Estaing et Delpuech vicaire d'Aures.

Mérican (ou Méricam) était une enclave de la communauté de Trappes (ou Trapes), étudiée dans l'article sur Canet. M. de Julien de Pégayrolles (Pégueyrolles) en était seigneur justicier en 1734 (C 1133, f° 14).

Partie de Prades

La communauté ou mandement de Prades, autre terre royale, voisine de la chatellenie de Camboulas, correspondait en grande partie à la commune actuelle de Prades-de-Salars, mais comprenait aussi le lieu de Salars, où se trouvaient l'église et un domaine, le Moulin de Salars et quelques maisons du Pont-de-Salars. Toute justice royale. Droit de péage un peu complexe, avec 4/5 pour le roi et 1/5 pour M. de Canet soit dysant conseigneur de la terre de Prades qui pourtant n'exerçait pas la justice (C 1113, f°21). Très nombreux directiers.

Partie de Conquettes

La communauté de Conquettes a principalement été intégrée dans la commune de Canet, mais le hameau de La Rouquette, paroisse de Saint-Georges-de-Camboulas, était enclavé dans la communauté de Saint-Georges. Justice à M. de Canet, baron de Jouqueviel (C1133, f°22v°, 1734).

Enclave de Salles-Curan : le village d'Alaret. L'évêque de Rodez était seigneur justicier.

Commentaires

  • Christian PIOCH

    Bonjour

    Par sa mère, Isabelle d'Hèbles, épouse en 1ères noces de César de Méjanès (puis en 2èmes noces, dans l'actuel département de l'Hérault, de Fulcrand de Roquefeuil, seigneur de la Roquette, en val de Londres), Antoinette de Méjanès, fille unique de ce premier lit, était devenue dame de Méjanès, et épousa vers 1616 François de Saunhac, seigneur d'Aigues-Vives, puis par son mariage de Méjanès, mort à Méjanès en 1657, sans postérité. Sa mère ayant acquis en 1619, auprès des Brignac de Montarnaud, la moitié d'un très grand domaine foncier sis à Gardies (Argelliers, Hérault), portée au compoix de 1664 au nom de Mme de Méjanès, elle céda en 1666 cette part à Jean Reboul, propriétaire de l'autre partie, moyennant 12 000 livres, testa en 1671 au profit de François de Tubières, son cousin, et mourut peu après à Gardies en 1672 selon une mention marginale de son testament, inhumée ensuite à Celleneuve, près de Montpellier, ville où elle résidait en temps normal, sans doute depuis 1657, époque du décès en Rouergue de son défunt mari.

    Son testament du 28 décembre 1671, dicté en la maison d'un gentilhomme-verrier d'Argelliers, Sébastien de la Roque, véritable monument de piété, contient une liste impressionnante et parfois très conséquente de legs pieux, au profit de diverses églises de l'Hérault ou du Gard, qu'elle avait parfois richement et préalablement dotées, souvent pour plusieurs milliers de livres, leur accordant des milliers de livres supplémentaires, dont 1 000 pour le seul rachat de chrétiens catholiques captifs des infidèles...

    A Argelliers, intéressée aussi par la gestion de ses biens proches ou lointains, elle traite en 1667 de la modification des censives devenues obsolètes, accordées en 1614 par son défunt mari, par-devant un notaire de St-Affrique, à la famille Venières, pour un patus de Roquefort-sur-Soulzon, devenu depuis maison et cabane fromagère, avec confronts précis de celle-ci, portant la redevance censitaire, annuelle et perpétuelle, de 18 livres à 40 livres de fromage.

    Rédigeant une histoire très détaillée du domaine de Gardies de 1450 à nos jours (domaine plus que conséquent, représentant 522 ha en 1828, dont 387 sur Argelliers), je suis preneur de toute information utile, fiable et justifiée, sur Antoinette de Méjanès et François de Sauhac, sur le contenu de leur contrat de mariage, si connu, et sur l'emprise de leurs seigneuries de Rouergue. De même, je suis preneur de toute photographie reproductible du château de Méjanès, à la manière de celle insérée dans cet excellent article que je viens de découvrir sur internet et dont je ne peux que vous féliciter.

    Cordialement Christian Pioch vice-président d'Arts et Traditions rurales Argelliers

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