Histoire de Saint-Léons (4) : du XIIIe au milieu du XVIe siècle

Saint-Léons

Écrit par Jean-Yves Bou et publié le 17 Nov 2022

11 minutes de lecture

Une histoire à construire : Saint-Léons du XIIIe au milieu du XVIe siècle

Texte publié pour la première fois dans l’ouvrage collectif : Saint-Léons, des femmes … des hommes … et leurs racines, Cercle Généalogique de l’Aveyron, 2014

Les archives concernant les XIIIe et XIVe siècles sont très éparses. Elles se densifient au XVe siècle avec des registres notariés et le terrier de 1445. Mais ces documents sont difficiles à exploiter et aucune étude approfondie n’a été conduite sur Saint-Léons pour cette période.

Les quelques documents conservés pour le XIIIe siècle et la première moitié du XIVe siècle concernent essentiellement la gestion des droits du prieur sur les terres qu’il possédait et ses relations avec les autres seigneurs et maisons religieuses : rente au Dom de l’Hôpital du Pas (1254), bornage des terres de Saint-Léons avec celles de Sévérac (1285), bail à nouvel acapte du Mas du Pouget (paroisse du Ram, 1292), droit de lods sur une mutation des Causits (1298), acte d’union du prieuré de Saint-Laurent à la camèrerie du monastère (1302), redevance due par le prieur de Brocuéjouls (1337) et reconnaissance des habitants du Pradel (paroisse du Ram, 1337).

Deux actes sont intéressants et importants : des baux à pagésie ou emphytéose, c’est-à-dire des contrats liant le seigneur et l’exploitant de ses terres, le tenancier, autrement dit la mise en tenure des terres de Saint-Léons par le prieur-seigneur. Le premier n’est pas directement conservé, mais mentionné dans un acte du XVIIe siècle (27 août 1699, notaire Joannis). Il s’agit du bail emphytéotique de Montplo, passé en 1211 entre le prieur et Pierre Falguerettes. Il témoigne peut-être du moment où le servage fut aboli et remplacé par la tenure pour la terre de Saint-Léons. Le bail de 1303, aujourd’hui disparu, a été entièrement traduit par l’abbé Grimal. C’est le bail à pagésie de deux terroirs situés dans la partie de la seigneurie qui est aujourd’hui dans la commune de Saint-Beauzély. Le prieur-seigneur Bernard de Sévérac baille à Guillaume et Bernard Magre, frères, le mas de Bolciès et le territoire de Combelongue en fixant les conditions seigneuriales de ce contrat. Les nouveaux tenanciers sont tenus d’habiter le domaine et de se conformer aux devoirs, droits et coutumes de la terre de Saint-Léons envers leur seigneur. Ils doivent verser un impôt sur le bétail et le cinquième des récoltes (ce qu’on appelle ailleurs le champart), sauf pour les terres exemptées, c’est-à-dire les parras et jardins définis par l’acte, et des prés dont les herbes leurs sont intégralement cédées. Le cens s’élève au total à cinq livres tournois et deux gelines. Ils payent 20 livres de droit d’entrée et le seigneur se réserve douze séterées de terre à Combeplane.

Cette période est le moment de constitution des communautés d’habitants en municipalités dotées d’une charte communale et d’institutions organisées et permanentes, qui remplacèrent de simples syndics élus occasionnellement pour défendre les droits des habitants d’une terre. On connaît plusieurs chartes pour le Rouergue, dont certaines confirmaient ou augmentaient des textes antérieurs non conservés : Saint-Antonin 1144, Millau 1187, Rodez-Bourg 1201, Rodez-Cité 1218, Mur-de-Barrez 1246, Castelmary 1247 et Capdenac 1291. Pour Saint-Léons, l’abbé Grimal propose une constitution de commune dès le XIIe siècle, mais les premiers documents qui montrent la communauté organisée ne sont pas antérieurs au XIVe siècle. En 1325, des Lettres royales établirent les droits de la communauté. Grimal cite le texte de nomination des représentants pour 1479. Les responsables de la communauté portaient le nom original de gardas (gardes) et les conseillers celui de jurats (jurés) ou prodomes (prud’hommes, hommes sages). Tous les ans, quatorze prodomes, représentant les différents "quartiers" du territoire de la seigneurie, étaient élus ou nommés. À leur tour ils désignaient les gardas.

Une période sombre secoua le royaume de France et le Rouergue à partir du milieu du XIVe siècle. En effet, la peste et la guerre de Cent ans marquèrent le siècle qui s’étend de 1348 au milieu du XVe siècle. La guerre se traduisit principalement par des rançonnements, des pillages et des violences perpétrées par les armées, mais surtout par des bandes de mercenaires et de brigands conduits par des chefs de guerre qui profitaient de la situation d’instabilité et de désorganisation des pouvoirs. Dans sa monographie, Albert Carrière cite toutes les mentions de Saint-Léons dans les livres des consuls boursiers de Millau, qui se rapportent principalement aux mouvements de troupes et montrent le climat d’insécurité entre 1361 et 1396. On sait que des compagnies logèrent à Saint-Léons en décembre 1361, en 1366, en 1369, en 1380, en 1389, puis en 1438-1442. Il est possible que le monastère ait été fortifié une première fois à cette époque pour servir de refuge, mais cela reste à prouver.

Avec le retour à la paix et à la prospérité, au milieu du XVe siècle, la documentation devient plus importante. Elle permet de savoir que les années 1440-1460 furent marquées par plusieurs évolutions importantes.

C’est à cette époque que le prieuré devint commendataire, c’est-à-dire que son titulaire ne résidait plus à Saint-Léons mais déléguait son pouvoir seigneurial à un représentant, qui pouvait être un autre des moines, un notable de Saint-Léons ou un proche du prieur qu’il envoyait résider au château à sa place. Toutefois, entre 1440 et 1789, certains prieurs furent plus présents que d’autres. Pour remplacer le prieur dans ses missions religieuses, les moines élisaient un prieur claustral parmi eux, alors qu’un syndic les représentait juridiquement pour défendre leurs droits.

Curieusement, c’est au moment où le prieur décida de ne plus résider à Saint-Léons qu’il s’y fit bâtir un grand château. Le château dit de Saint-Martin fut certainement construit entre 1445 et 1454 comme le montre Grimal : absent du terrier de 1445, il est mentionné dans un document de 1454. Il servait de pied à terre au seigneur quand il venait à Saint-Léons, mais aussi de résidence à ses représentants, parfois à ses fermiers, de lieu d’accueil pour de prestigieux hôtes de passage, de logement pour certains moines, de prison, de grenier pour les blés des impôts, d’auditoire de justice, de lieux d’hommage au seigneur ou de rédaction de certains actes notariés, etc.

L’année 1445 fut marquée par la rédaction d’un terrier, conservé aux Archives départementales. Son étude reste à faire. En 1479 ou avant, un nouveau prieur s’installa à Saint-Léons et ouvrit une période particulière, celle de la domination des familles seigneuriales de Castelpers et de Combret sur Saint-Léons. Le nom de Guion de Castelpers apparaît de 1479 à 1546. L’abbé Grimal pensait qu’il s’agissait du même personnage ; dans ce cas, il serait mort très âgé, après 67 ans à la tête d’un prieuré qu’il aurait obtenu très jeune. On peut émettre l’hypothèse que ce furent plutôt deux prieurs homonymes issus de la même famille qui se succédèrent. « Guion I » serait le prieur attesté entre 1480 et 1506. Puis après une lacune dans les références au prieur on trouve celui qui serait « Guion II » de 1532 à 1546. Cette hypothèse rencontre toutefois une difficulté : Charlotte de Castelpers, fille hors mariage de Guion II de Castelpers, épouse de Bernard Astorg, décéda avant 1529 déjà mère de trois enfants. Elle était sans doute née vers 1500 …

Le prieurat de Guion I fut marqué par les conflits, procès, transactions et accords avec la communauté des habitants de Saint-Léons. Pour les habitants, il s’agissait de faire respecter des droits et des franchises que le seigneur tentait visiblement d’outrepasser. L’abbé Grimal résume un mémoire contre Guion I de Castelpers, écrit lors de la 25e année de son prieurat, sans date. Il fait suite à une visite de l’abbé de Saint-Victor qui trouva l’église du monastère en très mauvais état et ordonna au prieur de la faire réparer. Le prieur tenta alors de faire participer financièrement la communauté des habitants, ce qui donna lieu à un conflit. Grimal suggère que le mémoire fut rédigé avant 1490, date d’une transaction entre le prieur et les habitants au sujet de travaux de réparations à la forteresse du monastère et au château, de la garde du portail et du guet en temps de guerre. Cet accord fait partie d’un ensemble de transactions qui eurent lieu entre 1480 et 1508. La mention de « 25e année » et les thèmes abordés par le mémoire laissent plutôt penser qu’il fut rédigé avant la transaction de 1506. Les habitants « ne ménagent guère le prieur dans ce mémoire et lui reprochent ses débauches et ses mœurs dissolues, disant qu'il ferait mieux, comme ses prédécesseurs, d'employer aux réparations du couvent et à la pompe du culte divin ce qu'il dépense en dissolutions, ce qu'il dissipe à l'entretien de sa meute et pour marier ses bâtardes. On lui reproche aussi d'avoir exercé par ces officiers beaucoup d'exactions sur les habitants qu'il traite trop durement et non en père comme ses prédécesseurs.(…) Il tracasse encore ses habitants au sujet de la dîme, de l'aumône et de la chasse. Il adressa une pétition au sénéchal dans laquelle il formulait ses plaintes et prétendait qu'en sa qualité de prieur de la paroisse de Saint-Léons, il avait le droit, d'après les lois divines et humaines, de percevoir les dîmes et les prémisses de toute sorte de fruits croissant dans les terres de la paroisse. Il prétendait aussi que pour le frustrer de ses droits, les habitants par malice changeaient le mode de culture, semant du safran, des fèves, des pois, du chanvre, des raves, des plantes fourragères et convertissant en prés les terres labourables. Telles étaient ses plaintes au sujet de la dîme. » (Grimal). On ne connaît pas directement le contenu de la transaction de 1506, mais on sait au moins que l’aumône fut maintenue dans sa forme coutumière.

Guion II de Castelpers a laissé moins de traces dans les archives analysées par Grimal. On sait qu’il était également prieur de Sermur (commune de Sainte-Juliette-sur-Viaur), Lédergues et Cadix (Tarn). Il portait le titre de protonotaire du Saint-Siège apostolique. Parallèlement, les archives du château de Vezins mentionnent Antoine de Garceval prieur de « Saint-Legons », que Carrière interprète comme Saint-Léons. Mais cela concerne les années 1545 et 1547. Or il semble attesté que Guion II de Castelpers était encore prieur quand il fonda une chapellenie dans l’église de Saint-Laurent, dite de Castelpers, par contrat du 22 novembre 1546 devant Me Astorg (mentionnée dans un acte du 29 novembre 1630 Malzieu).

Entre le 12 avril 1550 et le 10 mars 1554, le notaire Bernard Astorg se dit procureur du prieur-seigneur Raymond de Combret. Le prieuré était donc passé de la famille de Castelpers à celle de Combret. C’est lié au mariage de Guion I de Combret, seigneur de Broquiès, avec Barbe de Castelpers, sœur du prieur Guion II de Castelpers et son héritière, comme le précise un acte du 7 juin 1551 passé devant Astorg. Il est d’ailleurs tout à fait probable que Raymond de Combret ait été un des fils de Guion I et Barbe. En effet, un document de 1609 cite les enfants du couple, parmi lesquels Raymond, cité en première position, mort sans descendance à une date inconnue (accord du 18 septembre 1609, AD12, E 844). Ce même document précise que Guion I de Combret est mort depuis 60 ans, donc en 1549, et qu’il a testé le 10 janvier 1549. Sa veuve Barbe de Castelpers serait morte en 1569. Entre temps, c’est leur autre fils Guion II de Combret, seigneur de Broquiès qui joua un rôle important à Saint-Léons. En effet, ayant choisi la religion protestante, il fit de Saint-Léons une place forte des calvinistes, chassant les moines et fortifiant le lieu, y établissant une garnison.

Pour la bibliographie, voir l'article Histoire de Saint-Léons (1) sur ce même site

Quelques éléments chronologiques dont on a mention (dans le livre de paroisse de l'abbé Grimal): 1285 bornage des terres avec le seigneur de Sévérac, 1302 acte d’union du prieuré de St Laurens à la camèrerie, 1325 lettres royales établissant les droits de la communauté, dont l’aumône, 1340 contrat de surélévation du monastère, 1503 transaction sur les droits seigneuriaux, 1506 transaction sur l’aumône et autres droits seigneuriaux, 1534 construction de la chapelle castrale (comptes de la communauté)

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