L'art du Japon (1) - Préhistoires

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Écrit par Jean-Yves Bou et publié le 08 Nov 2018

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L'ART DU JAPON - Préhistoires

L'histoire de l'art du Japon est divisée en grandes périodes établies au cours du XXe siècle en fonction des productions artistiques qui les caractérisaient ou des capitales politiques de l'archipel.

La préhistoire japonaise, antérieure à l'introduction concomitante du bouddhisme et de l'écriture, se subdivise en trois périodes : Jômon, Yayoi et Kofun. Les périodes suivantes portent le nom des capitales successives du Japon impérial puis shogunal : Asuka, Nara, Heian (Kyôto), Kamakura, Muromachi, Momoyama et Edo. Cet article a pour objectif de donner quelques éléments de l'art de ces moments successifs.

La période Jômon

La période Jômon est datée d'environ 13000 à 500 avant notre ère. Mais elle se poursuit beaucoup plus longtemps au nord de Honshu et sur l'île d'Hokkaido. Elle tire son nom d'un type de poterie décoré de "motifs cordés", dits Jômon. Cette période est identifiée comme le temps d'un peuplement de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs-sylviculteurs répartis en villages peu denses dans l'ensemble de l'archipel, mais surtout au nord de Honshu et sur Hokkaido. L'art de la céramique s'est épanoui pendant cette très longue période et a culminé à l'âge dit du Jômon moyen, avec des hauts vases montés au colombin, et ornés de motifs exubérants incisés, gravés ou travaillés sur des ajouts d'argile comme le montrent les deux exemples suivants.

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Cette période se caractérise aussi par l'élaboration de petites figurines anthropomorphes de terre cuite appelées dogû, généralement féminines. Elles ont souvent été découvertes brisées dans des fosses à l'extérieur des villages, près des zones de culture, et sont donc interprétées comme des éléments d'un culte à la fertilité. Dans leur grande diversité, certaines sont d'une facture très élaborée.

dogû du musée national de Tokyo.jpg

La période Yayoi

La période Yayoi s'étend du Ve siècle avant notre ère au IIIe siècle après. On la fait débuter avec l'introduction de la riziculture irriguée au nord de l'île de Kyûshû, introduite depuis la péninsule coréenne. Un nouveau type de poterie, dite Yayoi, se développe, plus sobre mais plus fine et plus solide.

brochure musée Kashihara Yayoi.JPG *la brochure du Musée de Kashihara (préfecture de Nara) résume les caractéristiques nouvelles de la période Yayoi"

Une autre évolution remarquable est l'introduction de la métallurgie au Japon. Les premiers objets en fer puis en bronze seraient arrivés de la péninsule coréenne au IIIe siècle avant notre ère. Au cours du siècle suivant, une production locale apparaît et se développe. Elle amène à la fabrication de cloches cérémonielles, les dotaku. Environ 400 cloches ont été retrouvées dans l'archipel, du sud de Kyûshû au nord de Honshu, mais avec certaines concentrations régionales comme dans le Kinki.

dotaku jeanyvesbou.fr.JPG

Les fouilles archéologiques témoignent d'un nouveau type de villages, fortifiés et hiérarchisés, comme à Yoshinogari (préfecture de Saga), associés à des nécropoles, où les corps étaient enterrés dans de très grandes jarres, avec divers objets, plus ou moins précieux (bijoux, armes, céramiques, etc.).

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La période Kofun

80 hashihaka et osaka - Copie.jpg kofun à Hashihaka (préfecture de Nara) et Ôsaka

Le temps passant, des sépultures exceptionnelles se distinguent par leur ampleur et la richesse de leur mobilier. Elles donnent alors leur nom à la période suivante, dite Kofun, qui se caractérise par des tumuli princiers d'une taille impressionnante, cachant des objets précieux et de grandes sculptures en terre cuite appelées Haniwa, organisées en scènes dont le sens reste difficile à décrypter.

haniwa au MNT en 2019 - jeanyvesbou.JPG des haniwa du Musée national de Tôkyô - été 2019

Cette période s'étend du IIIe siècle à l'introduction du bouddhisme, qui se fait progressivement à partir du VIe siècle. On considère que le Japon s'organise alors en entités régionales comme des petites principautés, dont certaines tentent d'étendre leur emprise sur les autres. Et c'est la réussite particulière de la principauté dite du Yamato, la région de Nara, près d'Ôsaka et de Kyôto, qui, en s'imposant progressivement à l'ouest de l'archipel, serait à l'origine du Japon impérial.

L'introduction du bouddhisme va bouleverser l'art japonais, à partir du VIIe siècle, et d'abord dans la région du Yamato.